Gestion du cerf en Wallonie : une transition lente de la gestion de type « cheptel » vers un suivi par ICE


Alain LICOPPE, Service Public de Wallonie – Département de l’étude du milieu naturel et agricole (DEMNA)

La gestion cynégétique en région wallonne est surtout orientée vers l’espèce cerf, seule espèce soumise à un plan de tir annuel depuis 1989. Le cerf était à l’époque concentré dans certains grands massifs ardennais et l’objectif de cette législation visait d’abord sa conservation. Au début des années 2000, vu les développements démographique et géographique de l’espèce, des plans de tir minimums ont été instaurés pour les biches et les faons. Les tableaux de chasse ont augmenté sensiblement de 2000 à 2010 pour se stabiliser ensuite. A l’heure actuelle le prélèvement est compris entre 5000 et 5500 individus sur une superficie de 325.000 ha (sur les 550.000 ha de forêt) sectorisée en +- 40 secteurs, soit environ 1.6 cerf tiré / km² de forêt. Les outils de suivi mis en place concernent la documentation du tableau de chasse (1), l’abondance de la population (2) et l’impact sur le milieu (3).
(1)    Chaque mortalité d’un individu de l’espèce Cerf est constatée sur le terrain par un agent du Département de la Nature et des Forêts. Outre les informations administratives, une description de l’animal est réalisée, en tenant compte notamment de son sexe et de sa classe d’âge. Des bracelets de différentes couleurs (cerf à double chandelier, autre cerf, biche ou faon) accompagnent obligatoirement les dépouilles. Les constats sont encodés au niveau du cantonnement forestier dans une base de données centralisée.
(2)    Depuis 2010, des circuits immuables de comptages aux phares ont progressivement  été installés sur l’ensemble de l’aire de répartition du cerf (environ 250 parcours) et sont parcourus au minimum trois fois par an en vue d’établir un Indice Nocturne d’Abondance (INA) à l’échelle de chacun des 40 secteurs.
(3)    Un indice relatif au taux d’écorcement annuel a été mis en place en 2003 sur l’ensemble des peuplements résineux en propriété publique. De manière locale, des indicateurs de suivi de l’abroutissement par enclos-exclos sur la régénération forestière ou sur la myrtille ont été mis en place en attendant une installation généralisée à l’échelle de l’aire de répartition du cerf.
La gestion du cerf en Wallonie se calque encore régulièrement sur la gestion des cheptels domestiques. Les circulaires et autres réglementations édictent encore des normes en termes de nombre de têtes par unité de surface. L’adoption de l’INA représente une première évolution positive dans le suivi des populations de cerfs. C’est en effet le recours aux anciennes méthodes exhaustives de recensement par corps, sous-estimant systématiquement les effectifs, qui a facilité le développement de la population au niveau actuel. Aujourd’hui, les plans de tir sont simplement adaptés d’une année à l’autre en fonction de l’évolution de l’INA, du tableau de chasse de l’année précédente et de la « qualité » du milieu. L’étape suivante sera d’adapter les plans de tir en tenant compte davantage des objectifs de gestion forestière afin de s’affranchir de la notion de densité.