Gestion et conservation des cervidés et de leur habitat au Québec : à l’interface du dénombrement des populations et des indicateurs de changements écologiques


Jean-Pierre TREMBLAY, Département de biologie, Université Laval, Québec (Québec)

Au Québec, la grande faune (c’est-à-dire le cerf de Virginie, l’orignal, l’ours noir et le caribou migrateur) fait l’objet de plans de gestion spécifiques qui définissent les enjeux de gestion, les objectifs stratégiques, les cibles opérationnelles et leurs actions associées ainsi que les indicateurs de changement. Le plan de gestion du cerf de Virginie présenteactuellement en vigueur identifie des enjeux biodémographiques se traduisant par l’objectif d’atteindre et maintenir une population de 246 000 cerfs de Virginie pour le Québec continental (excluant l’île d’Anticosti). Les cibles de population sont établies pour chaque zone de chasse (29 zones couvrent le Québec, dont 19 où la chasse au cerf de Virginie est permise) en fonction de la capacité de support biologique et sociale. La densité de gibier optimale visée correspond à 5 cerfs/km2 d’habitat forestier et les plans de chaque zone tendent à respecter cette limite.

Dans le contexte nord-américain où la faune constitue une fiducie publique dissociée du droit de propriété, le contrôle de la récolte est atteint par la modulation des modalités d’exploitation, encadrées par loi et règlements, tels que la durée des saisons de chasse, les armes permises et les segments de population autorisée à la récolte. La stochasticité environnementale influence fortement les populations de cerf ce qui implique un ajustement annuel de certaines actions de gestion à la lumière de la rigueur de l’hiver précédent et des tendances de la population. Les principaux indicateurs démographiques sont les décomptes aériens ponctuels pendant la période de confinement hivernal, les statistiques de récolte et d’accidents de la route impliquant des cerfs. L’une des contraintes à laquelle font face les biologistes d’état responsable de la gestion du cerf est la diminution des ressources disponibles pour les dénombrements aériens et le peu d’indicateurs alternatifs validés dans nos écosystèmes.

Les enjeux de conservation de l’habitat se concrétisent en des objectifs de maintien de la superficie et de la qualité des ravages hivernaux. Ainsi, certains ravages en terre publique bénéficient d’une protection légale et des plans d’aménagement sylvo-cynégétique soutiennent l’approvisionnement de brout ligneux et la disponibilité du couvert forestier alors que des mesures incitatives sont offertes pour favoriser ces initiatives en terres privées.

L’île d’Anticosti, dans le Golfe du fleuve St-Laurent, constitue la zone de chasse provinciale avec la plus grande population de cerf de Virginie et offre probablement la plus forte capacité d’accueil en pourvoirie de chasse en Amérique du Nord. Pour répondre aux enjeux biodémographiques et de conservation de l’habitat particuliers à cet écosystème, des indicateurs de suivi écologique distincts ont été développés dont le suivi de la condition physique des cerfs, l’enregistrement des observations et de l’effort des chasseurs et l’utilisation de plantes indicatrices dans le même esprit que les indicateurs de changements écologiques développés en France.