Le fonctionnement des Indicateurs de Changement Ecologique


Nicolas MORELLET, Institut national de la recherche agronomique

Pour gérer les populations de grands herbivores, les gestionnaires ont souvent recours à des comptages exhaustifs ou partiels à partir d’échantillons de la population. Ces dernières décennies, les populations d’ongulés ont fortement progressées aussi bien en nombre qu’en répartition spatiale, à la fois en Europe et en Amérique du Nord. La France ne fait pas exception dans ce tableau assez général avec notamment de très fortes progressions des populations de Cerf, Chevreuil, Chamois et Sanglier. Du coup, ces fortes augmentations d’abondance d’ongulés conduisent à une multiplication des conflits avec l’Homme, au travers des dégâts agricoles et forestiers, des collisions sur la route avec les véhicules et la propagation de maladies.

Ainsi, les populations de grands herbivores sont contrôlées par la chasse afin d’atteindre des objectifs de gestion préalablement définis. Définir le nombre d’animaux prélevés nécessite une bonne connaissance du statut démographique (population en croissance, en décroissance ou stationnaire) de la population chassée.

En France et dans de nombreux autres pays du monde, plusieurs méthodes de comptages ont été employées pour estimer les effectifs des populations. Les gestionnaires ont recours à des comptages totaux ou partiels en échantillonnant la population, soit à partir de surfaces (quadrats), de lignes (routes), ou de points (points d’observation), en utilisant généralement des comptages aériens dans les zones très ouvertes et des comptages au sol en zones plus fermées. Pourtant, de nombreuses études ont mis en évidence des problèmes majeurs de justesse et de précision lors de l’application de ces méthodes de dénombrement. Ces sources d’erreur, loin d’être négligeables, sont susceptibles de compromettre la gestion des populations et notamment d’empêcher d’atteindre ses objectifs. Il semble nécessaire aujourd’hui de faire le point sur les problèmes liés à cette gestion basée sur les dénombrements, et de proposer une alternative : les indicateurs de changement écologique. Ces indicateurs, initialement proposé par le groupe Chevreuil sous le terme de « bio-indicateurs » incluent tout paramètre sensible aux changements relatifs d’effectifs, c’est-à-dire aux changements d’effectifs de la population pour une qualité d’habitat donnée.

Pour apprécier finement l’état de la relation entre une population et son habitat de la colonisation à la saturation, nous montrons la pertinence de suivre des indicateurs de l’abondance relative des animaux, de la performance individuelle des animaux, de la qualité de l’habitat et de l’impact de la population sur l’habitat. Ainsi, la présentation propose de faire le point sur le principe et la démarche de gestion basés sur les indicateurs de changement écologique, pour gérer efficacement les populations de grands herbivores au regard des objectifs de gestion préalablement fixés.