Les comparaisons enclos-exclos : de l’outil expérimental à l’utilisation en gestion courante pour évaluer l’équilibre forêt-gibier


Vincent BOULANGER, Office national des forêts

Les enclos sont intuitivement utilisés depuis des décennies en forêt pour mettre en évidence les effets des ongulés sur la végétation forestière. Il s’agit d’exclure les ongulés d’une zone donnée, et de comparer, au cours du temps, l’état du milieu sans ongulés (l’enclos) à celui du milieu environnant où circulent librement la faune sauvage (l’exclos). Une telle comparaison, aussi simple puisse-t-elle sembler, correspond à une situation expérimentale standard qui a été et reste une méthode de référence pour de nombreuses études scientifiques.

Les suivis parallèles en enclos et exclos, répétés dans le temps, permettent de comparer deux trajectoires d’évolution, avec et sans ongulés. Implantés en début de cycle forestier, au moment de l’installation de la régénération, les enclos traduiront la dynamique du système en l’absence d’ongulés. La comparaison avec l’exclos permettra de quantifier l’effet des ongulés sur la dynamique du système. Implantés plus tardivement, sur un système déjà marqué par les effets des ongulés, l’enclos révèle la dynamique de restauration du système. Les conditions de leur implantation sont donc déterminantes quant à l’interprétation que l’on peut tirer des observations et mesures.

Les scientifiques se sont ainsi appuyés sur ces comparaisons enclos/exclos pour évaluer l’impact des populations d’ongulés sur les écosystèmes, forestiers ou non, ciblant différents compartiments de l’écosystème forestier, à divers stades et dans des contextes variés. Après Arc-en-Barrois dans les années 80 pour les premiers suivis sur la flore herbacée, les implantations se sont multipliées dans les années 90 dans le quart Nord-Est, ciblant les effets des cervidés sur la régénération forestière, en association avec l’INRA, l’ONCFS, le Cemagref et l’ONF.

Les forestiers ont également installé de nombreux enclos dit démonstratifs, exploitant la preuve visuelle que suscite la comparaison avec le milieu environnant, pour mettre en évidence les impacts locaux du gibier sur la forêt. Depuis quelques années, l’ONF a modernisé ce protocole enclos/exclos sur trois points : matérialisation d’une zone exclos aux caractéristiques semblables à l’enclos, implantation précoce dans la phase de mise en régénération des peuplements, assignation d’une méthode de suivi rigoureuse et centrée sur la régénération forestière. Ces suivis permettront, dans la gestion courante, d’évaluer le retard induit par les ongulés sur la régénération de la forêt, source de pertes économiques et contraintes d’aménagement. Les données produiront des indicateurs renseignant l’équilibre forêt-gibier, centrés sur le renouvellement des peuplements, stade critique pour les forestiers. Complémentaires des ICE, ils pourront servir d’outil de dialogue pour partager les constats entre forestiers et chasseurs.