Procédure de validation et présentation des ICE disponibles


Jean Michel GAILLARD, Centre national de recherche scientifique

L’approche de suivi des populations par Indicateurs de Changements Ecologiques (ICE) est fondée sur le concept de densité-dépendance, solidement établi dès les années 1930 et démontré empiriquement à d’innombrables reprises dans les études de biologie des populations. Ce concept permet de relier la variation observée au cours du temps dans un trait biologique mesuré dans la population à l’étude de façon simultanée ou après un certain délai, à la variation enregistrée au cours de la même période dans l’abondance de cette population. Le développement d’une population se fait par une succession d’états démographiques.

Ainsi, dans la phase initiale, la population croît en abondance au taux de croissance maximum fixé par les capacités biologiques de l’espèce (notion de r-max). C’est le régime démographique de colonisation. Puis, une limitation croissante des ressources cause une diminution de la croissance de la population, pour atteindre une croissance nulle en moyenne. C’est le régime de saturation. L’objectif des ICE est de caractériser le plus précisément possible le régime démographique de la population étudiée entre ces deux extrêmes. En théorie, n’importe quel trait se montrant sensible à une variation d’abondance de la population peut prétendre à être utilisé comme ICE. Pour une validation pratique, on doit disposer d’une population avec une variation d’abondance connue ou estimée de façon fiable (densité ou effectif annuel) dans laquelle le trait candidat a été mesuré. On mesure ici toute l’importance de maintenir des sites d’étude de référence sans lesquels cette approche ne peut plus progresser. Une fois que les conditions requises ont été satisfaites, on définit la relation liant la variation du trait à celle de l’abondance. Cependant, contrairement au calibrage des méthodes de dénombrement, on ne cherche pas à utiliser cette relation pour établir une prédiction de l’abondance pour une valeur de trait donnée, mais on définit un ensemble de périodes différentes dans la valeur du trait auxquelles on associe un statut démographique. Cette différence fondamentale entre approches sera illustrée en prenant l’exemple de l’Indice Kilométrique (IK). Idéalement, la validation de l’ICE candidat doit être répliquée dans des contextes environnementaux contrastés.

Cela a été réalisé dans le cadre de l’IK et de la masse corporelle des jeunes mais le plus souvent, les ICE n’ont été validés que dans une seule population. Cette approche a été initialement développée sur le chevreuil, et on dispose donc d’une batterie d’ICE plus complète pour cette espèce. Cependant, le suivi des populations d’autres ongulés par ICE a été entrepris avec succès ces dernières années et un nombre croissant d’ICE ont été validés pour les cerfs, chamois, ou mouflons, et il n’y a aucun frein théorique ou pratique à généraliser l’approche aux autres vertébrés faisant l’objet de suivis de populations et pour lesquels des populations de référence existent. Une brève présentation des ICE validés et donc potentiellement utilisables sera donnée au cours de l’exposé. Deux constats principaux peuvent être établis sur la base de l’expérience acquise à ce jour: (1) il est indispensable de mettre en œuvre plusieurs ICE renseignant au minimum chacune des trois composantes de la relation population-environnement, à savoir la performance des individus de la population, l’abondance de la population, et l’impact de la population sur l’environnement, afin d’identifier le statut démographique de la population le long du continuum colonisation-saturation, et (2) la plupart des ICE disponibles aujourd’hui permettent de bien identifier les statuts proches de la colonisation et des premiers stades de densité-dépendance, mais nous manquons d’outils pour identifier le degré de saturation.