Programme du colloque ICE 2015


Ouverture du Colloque

Jean d’HAUSSONVILLE, Directeur général du Domaine national de Chambord

Introduction

François KLEIN, Office national de la chasse et de la faune sauvage

En réponse à l’imprécision des méthodes des gestion des populations d’ongulés sauvages reposant sur
une hypothétique connaissance des effectifs, les équipes françaises de recherche sur la faune
sauvage ont, dès les années 90, travaillé à l’application du concept de gestion adaptative basée
sur le suivi d’indicateurs. Le colloque, intitulé « Suivi des populations de chevreuils » organisé
à Lyon en 1998, avait officialisé la notion d’indicateur de changement écologique – ICE et conduit
à faire un premier point de l’utilisation de ces outils par les gestionnaires du chevreuil.
En près de vingt années, les connaissances sur la dynamique de toutes les espèces d’ongulés ont
nettement progressé, les outils de suivi se sont enrichis et concernent aujourd’hui toutes espèces
à l’exception du sanglier, les plans d’échantillonnage sont simplifiés et les méthodes d’analyse
statistiques des résultats sont plus accessibles. Des expérimentations conduites avec les acteurs
des écosystèmes forestiers ont montré le bien-fondé de la gestion adaptative pour faire face à la
remarquable progression des ongulés sauvages dans notre pays. Les bases techniques sont désormais
posées pour réussir le transfert opérationnel.
De plus en plus de gestionnaires pratiquent les ICE avec enthousiasme et ont intégrés les résultats
enregistrés dans les décisions de gestion prises aux différentes échelles spatiales et temporelles.
Certains au contraire n’y trouvent pas la réponse à leurs préoccupations ou considèrent que les
suivis sont trop contraignants. D’autres enfin semblent ne pas voir l’intérêt de rationaliser les
débats.
Ce colloque a donc pour objectif de rassembler tous les partenaires pour échanger sur le concept de
la gestion adaptative, les indicateurs disponibles, leur mise en œuvre concrète, les résultats
obtenus, les problèmes rencontrés. S’appuyant largement sur des retours d’expériences concrètes, il
doit aider à la mise en place de solutions pratiques et efficaces pour rétablir et/ou maintenir
l’équilibre agro-sylvo-cynégétique au centre de préoccupations nationales et locales. Il permettra
aussi de clarifier les axes de recherche et d’expérimentation de demain.

Contexte général

Modératrice : Nathalie BARBE, Ministère de l’Agriculture, de l’Agroalimentaire et de la Forêt

La progression des ongulés en France

Aurélie Barboiron, Office national de la chasse et de la faune sauvage

L’évolution des populations de cerf élaphe en France a été étudiée par un inventaire zoo-géographique réalisé tous les 5 ans depuis 1985 par le réseau « ongulés sauvages » ONCFS/FNC/FDC. Cette enquête nous a permis d’avoir une cartographie quinquennale de toutes les populations de cerf de 1985 à 2005 ainsi que des informations concernant les tableaux de chasse et des estimations d’effectifs. Les résultats de l’enquête de 2005 révèlent une progression spatiale et numérique très importante ces 20 dernières années : la superficie colonisée par le cerf a doublée, les effectifs et les tableaux de chasse ont quadruplés. En 2005, le cerf occupait plus de 137 000 km², et l’on estimait que l’effectif français était compris entre 130 000 et 175 000 animaux.
Cependant la situation est très hétérogène entre populations. Le développement de l’espèce est le plus marqué en altitude, et le cerf colonise de plus en plus le sud de la France, conduisant à une homogénéisation entre le nord et le sud du pays.
On constate que la progression de la colonisation de l’espace, des effectifs ou des prélèvements a été maximale entre 1995 et 2000, et qu’elle a ralenti entre 2000 et 2005. Dans certains départements les populations de cerf diminuent ce qui suggère qu’il est possible de maîtriser les populations.

La mise en place du plan de chasse vue de l’administration

Pascal NORMANT, Direction départementale des territoires du Maine et Loire

Concomitamment à la progression démographique et géographique des populations d’ongulés, les commissions départementales de la chasse et de la faune sauvage (CDCFS) instruisent un nombre toujours croissant de plans de chasse. Sur quelles bases les établir et les examiner en vue de respecter les équilibres en jeu (biologiques, économiques) ?
La logique « historique » d’établissement des plans de chasse repose sur l’estimation d’un niveau de population, un taux d’accroissement moyen, sans véritablement poser la question du niveau de population souhaité.
Force est de constater les limites rencontrées pour connaître les niveaux de populations, la variabilité inter-annuelle des accroissements, largement influencés par le niveau des populations notamment et la difficulté à harmoniser l’acceptabilité des niveaux de dégâts.
Les moyens humains des différentes structures n’augmentant pas, il faut gérer les populations globalement, et non sur les seuls secteurs sensibles. Il importe donc de i) dimensionner les investigations aux réponses attendues, ii) impliquer les gestionnaires locaux, et iii) valoriser les informations existantes, devant être fiables.
Une commission de plans de chasse doit pouvoir définir des logiques d’attribution, basées sur des éléments aussi objectifs que possible, à défaut d’être généralisés. De manière non-exhaustive, cela implique :
– admettre que les connaissances « empiriques » de terrain, aussi utiles et nombreuses soient-elles, ne peuvent suffire car pouvant être trompeuses, ou induire des choix de gestion trop tardifs ;
– connaître avec un maximum de précision les réalisations ;
– adopter une logique par unités de gestion (homogènes) plutôt que par territoires individuels : des informations représentatives et pertinentes permettent de définir des tendances d’évolution des attributions déclinées par demandes, en admettant devoir les modifier en fonction des constats qui seront réalisés ;
– que les gestionnaires privilégient, plutôt que l’approche des effectifs, les conséquences constatées de leur gestion sur l’évolution quantitative et qualitative des populations et leur impact ;
– admettre que la répartition des attributions puisse être influencée par les possibilités de réalisations qu’elles pré-supposent (cas du cerf) ;
– mettre en place des suivis avant que les problèmes n’apparaissent (suivis plus légers qu’en situation devenue critique) ;
– considérer les résultats sur un pas de temps suffisant, en évitant les évolutions notoires d’attributions entre années consécutives ;
– être cohérent dans les attributions en découlant, malgré tout paramètre conjoncturel et/ou « politique » ;
Cette logique repose nécessairement sur des outils éprouvés, validés sur le plan scientifique, légers et par définition reproductibles, quitte à une mise en œuvre espacée dans le temps (1 fois/2 ans, regroupement de données sur plusieurs années, …) pertinente plutôt que des suivis annuels inadaptés.
Sans présager des méthodes et évolutions méthodologiques qui seront détaillées lors du colloque, quelques cas posent néanmoins question :
– chevreuil en milieu ouvert ou bocager ;
– sanglier d’une manière générale car, soumis à plan de chasse ou non, la CDCFS ne dispose le plus souvent que des réalisations déclarées, du nombre de dossiers de dégâts et leur montant global. Cela doit être amélioré sauf à potentiellement remettre en cause des équilibres financiers.

 

 

 

L’équilibre forêt-gibier perçu par le sylviculteur

Patrice BONHOMME, Centre régional de la propriété forestière de Champagne-Ardennes

La présence de populations d’ongulés sauvages en forêt n’est pas une nouveauté. Alors pourquoi est-ce devenu aujourd’hui un sujet aussi sensible ? Deux raisons principales peuvent être évoquées.
La première est sociologique. Elle tient à la confrontation entre une exacerbation de la sensibilité des forestiers constatant la montée d’un déséquilibre, sans qu’ils en aient les moyens de contrôle et une action volontairement dynamique des chasseurs sur la gestion des populations de grands gibiers, sans qu’ils en aient mesuré préalablement l’impact.
La seconde est économique et met en rapport le rendement forestier avec une évolution -pour ne pas dire une dérive- financière tout à fait récente de la chasse.
On constate que la situation a évolué dans un laps de temps relativement court depuis les années 80. Ceci explique sans doute la brutalité avec laquelle les questions se sont posées et l’impréparation des réponses proposées. La notion écologique de gestion durable qui influence aujourd’hui toute action sur le milieu naturel permet de mieux cadrer la façon de répondre à l’intérêt de concilier en forêt la présence d’une grande faune riche et diversifiée avec la nécessité d’une production forestière abondante et de qualité.
La mise en place d’outils d’évaluation basés sur des critères objectifs et partagés doit permettre de répondre de façon pragmatique à la question de l’équilibre forêt-gibier pour en dégager une perception réaliste.

Gestion du cerf en Wallonie : une transition lente de la gestion de type « cheptel » vers un suivi par ICE

Alain LICOPPE, Service Public de Wallonie – Département de l’étude du milieu naturel et agricole (DEMNA)

La gestion cynégétique en région wallonne est surtout orientée vers l’espèce cerf, seule espèce soumise à un plan de tir annuel depuis 1989. Le cerf était à l’époque concentré dans certains grands massifs ardennais et l’objectif de cette législation visait d’abord sa conservation. Au début des années 2000, vu les développements démographique et géographique de l’espèce, des plans de tir minimums ont été instaurés pour les biches et les faons. Les tableaux de chasse ont augmenté sensiblement de 2000 à 2010 pour se stabiliser ensuite. A l’heure actuelle le prélèvement est compris entre 5000 et 5500 individus sur une superficie de 325.000 ha (sur les 550.000 ha de forêt) sectorisée en +- 40 secteurs, soit environ 1.6 cerf tiré / km² de forêt. Les outils de suivi mis en place concernent la documentation du tableau de chasse (1), l’abondance de la population (2) et l’impact sur le milieu (3).
(1)    Chaque mortalité d’un individu de l’espèce Cerf est constatée sur le terrain par un agent du Département de la Nature et des Forêts. Outre les informations administratives, une description de l’animal est réalisée, en tenant compte notamment de son sexe et de sa classe d’âge. Des bracelets de différentes couleurs (cerf à double chandelier, autre cerf, biche ou faon) accompagnent obligatoirement les dépouilles. Les constats sont encodés au niveau du cantonnement forestier dans une base de données centralisée.
(2)    Depuis 2010, des circuits immuables de comptages aux phares ont progressivement  été installés sur l’ensemble de l’aire de répartition du cerf (environ 250 parcours) et sont parcourus au minimum trois fois par an en vue d’établir un Indice Nocturne d’Abondance (INA) à l’échelle de chacun des 40 secteurs.
(3)    Un indice relatif au taux d’écorcement annuel a été mis en place en 2003 sur l’ensemble des peuplements résineux en propriété publique. De manière locale, des indicateurs de suivi de l’abroutissement par enclos-exclos sur la régénération forestière ou sur la myrtille ont été mis en place en attendant une installation généralisée à l’échelle de l’aire de répartition du cerf.
La gestion du cerf en Wallonie se calque encore régulièrement sur la gestion des cheptels domestiques. Les circulaires et autres réglementations édictent encore des normes en termes de nombre de têtes par unité de surface. L’adoption de l’INA représente une première évolution positive dans le suivi des populations de cerfs. C’est en effet le recours aux anciennes méthodes exhaustives de recensement par corps, sous-estimant systématiquement les effectifs, qui a facilité le développement de la population au niveau actuel. Aujourd’hui, les plans de tir sont simplement adaptés d’une année à l’autre en fonction de l’évolution de l’INA, du tableau de chasse de l’année précédente et de la « qualité » du milieu. L’étape suivante sera d’adapter les plans de tir en tenant compte davantage des objectifs de gestion forestière afin de s’affranchir de la notion de densité.

Gestion et conservation des cervidés et de leur habitat au Québec : à l’interface du dénombrement des populations et des indicateurs de changements écologiques

Jean-Pierre TREMBLAY, Département de biologie, Université Laval, Québec (Québec)

Au Québec, la grande faune (c’est-à-dire le cerf de Virginie, l’orignal, l’ours noir et le caribou migrateur) fait l’objet de plans de gestion spécifiques qui définissent les enjeux de gestion, les objectifs stratégiques, les cibles opérationnelles et leurs actions associées ainsi que les indicateurs de changement. Le plan de gestion du cerf de Virginie présenteactuellement en vigueur identifie des enjeux biodémographiques se traduisant par l’objectif d’atteindre et maintenir une population de 246 000 cerfs de Virginie pour le Québec continental (excluant l’île d’Anticosti). Les cibles de population sont établies pour chaque zone de chasse (29 zones couvrent le Québec, dont 19 où la chasse au cerf de Virginie est permise) en fonction de la capacité de support biologique et sociale. La densité de gibier optimale visée correspond à 5 cerfs/km2 d’habitat forestier et les plans de chaque zone tendent à respecter cette limite.

Dans le contexte nord-américain où la faune constitue une fiducie publique dissociée du droit de propriété, le contrôle de la récolte est atteint par la modulation des modalités d’exploitation, encadrées par loi et règlements, tels que la durée des saisons de chasse, les armes permises et les segments de population autorisée à la récolte. La stochasticité environnementale influence fortement les populations de cerf ce qui implique un ajustement annuel de certaines actions de gestion à la lumière de la rigueur de l’hiver précédent et des tendances de la population. Les principaux indicateurs démographiques sont les décomptes aériens ponctuels pendant la période de confinement hivernal, les statistiques de récolte et d’accidents de la route impliquant des cerfs. L’une des contraintes à laquelle font face les biologistes d’état responsable de la gestion du cerf est la diminution des ressources disponibles pour les dénombrements aériens et le peu d’indicateurs alternatifs validés dans nos écosystèmes.

Les enjeux de conservation de l’habitat se concrétisent en des objectifs de maintien de la superficie et de la qualité des ravages hivernaux. Ainsi, certains ravages en terre publique bénéficient d’une protection légale et des plans d’aménagement sylvo-cynégétique soutiennent l’approvisionnement de brout ligneux et la disponibilité du couvert forestier alors que des mesures incitatives sont offertes pour favoriser ces initiatives en terres privées.

L’île d’Anticosti, dans le Golfe du fleuve St-Laurent, constitue la zone de chasse provinciale avec la plus grande population de cerf de Virginie et offre probablement la plus forte capacité d’accueil en pourvoirie de chasse en Amérique du Nord. Pour répondre aux enjeux biodémographiques et de conservation de l’habitat particuliers à cet écosystème, des indicateurs de suivi écologique distincts ont été développés dont le suivi de la condition physique des cerfs, l’enregistrement des observations et de l’effort des chasseurs et l’utilisation de plantes indicatrices dans le même esprit que les indicateurs de changements écologiques développés en France.

Bases théoriques de la gestion par les ICE

Modérateur : Christian LE COZ, Ministère de l’Ecologie, du Développement Durable et de l’Energie

Introduction à la gestion adaptative des populations

Jean-Dominique LEBRETON, Centre national de recherche scientifique

La dynamique des populations, et singulièrement la dynamique des populations exploitées, fournit tout un corpus d’approches éclairant les mécanismes qu’il faut idéalement prendre en compte dans toute perspective de gestion des populations. En pratique, de nombreux types d’incertitudes sur les processus en jeu viennent perturber ce schéma idéal : incertitude sur la compensation de la mortalité induite par l’homme, incertitude sur la variabilité environnementale, incertitude sur l’hétérogénéité entre individus et micro-habitats… La liste est presqu’inépuisable.
L’approche à partir d’un modèle donné de populations ne met en concurrence, par l’incertitude sur les estimations de paramètres, que des valeurs potentielles de paramètres, de façon « conditionnelle » aux processus représentés dans le modèle, même si ce modèle a été comparé à d’autres. On voit bien que cette approche, pour utile qu’elle soit, ne saurait prétendre résoudre les incertitudes intrinsèques sur les processus.
L’exposé s’efforcera de montrer comment la gestion adaptative prend en compte de façon plus profonde les incertitudes en compte :
  1. En mettant en concurrence plusieurs modèles ;
  2. En s’appuyant sur les décisions de gestion considérées comme des expériences pour discriminer progressivement au mieux entre les différents modèles concurrents.
La discussion portera notamment sur la relation du processus d’apprentissage inhérent à la gestion adaptative avec des pratiques courantes de gestion, sur la confusion fréquente entre performance et « véracité » d’un modèle, et sur les conditions de succès d’une approche de gestion adaptative.

 

Le fonctionnement des Indicateurs de Changement Ecologique

Nicolas MORELLET, Institut national de la recherche agronomique

Pour gérer les populations de grands herbivores, les gestionnaires ont souvent recours à des comptages exhaustifs ou partiels à partir d’échantillons de la population. Ces dernières décennies, les populations d’ongulés ont fortement progressées aussi bien en nombre qu’en répartition spatiale, à la fois en Europe et en Amérique du Nord. La France ne fait pas exception dans ce tableau assez général avec notamment de très fortes progressions des populations de Cerf, Chevreuil, Chamois et Sanglier. Du coup, ces fortes augmentations d’abondance d’ongulés conduisent à une multiplication des conflits avec l’Homme, au travers des dégâts agricoles et forestiers, des collisions sur la route avec les véhicules et la propagation de maladies.

Ainsi, les populations de grands herbivores sont contrôlées par la chasse afin d’atteindre des objectifs de gestion préalablement définis. Définir le nombre d’animaux prélevés nécessite une bonne connaissance du statut démographique (population en croissance, en décroissance ou stationnaire) de la population chassée.

En France et dans de nombreux autres pays du monde, plusieurs méthodes de comptages ont été employées pour estimer les effectifs des populations. Les gestionnaires ont recours à des comptages totaux ou partiels en échantillonnant la population, soit à partir de surfaces (quadrats), de lignes (routes), ou de points (points d’observation), en utilisant généralement des comptages aériens dans les zones très ouvertes et des comptages au sol en zones plus fermées. Pourtant, de nombreuses études ont mis en évidence des problèmes majeurs de justesse et de précision lors de l’application de ces méthodes de dénombrement. Ces sources d’erreur, loin d’être négligeables, sont susceptibles de compromettre la gestion des populations et notamment d’empêcher d’atteindre ses objectifs. Il semble nécessaire aujourd’hui de faire le point sur les problèmes liés à cette gestion basée sur les dénombrements, et de proposer une alternative : les indicateurs de changement écologique. Ces indicateurs, initialement proposé par le groupe Chevreuil sous le terme de « bio-indicateurs » incluent tout paramètre sensible aux changements relatifs d’effectifs, c’est-à-dire aux changements d’effectifs de la population pour une qualité d’habitat donnée.

Pour apprécier finement l’état de la relation entre une population et son habitat de la colonisation à la saturation, nous montrons la pertinence de suivre des indicateurs de l’abondance relative des animaux, de la performance individuelle des animaux, de la qualité de l’habitat et de l’impact de la population sur l’habitat. Ainsi, la présentation propose de faire le point sur le principe et la démarche de gestion basés sur les indicateurs de changement écologique, pour gérer efficacement les populations de grands herbivores au regard des objectifs de gestion préalablement fixés.

Procédure de validation et présentation des ICE disponibles

Jean Michel GAILLARD, Centre national de recherche scientifique

L’approche de suivi des populations par Indicateurs de Changements Ecologiques (ICE) est fondée sur le concept de densité-dépendance, solidement établi dès les années 1930 et démontré empiriquement à d’innombrables reprises dans les études de biologie des populations. Ce concept permet de relier la variation observée au cours du temps dans un trait biologique mesuré dans la population à l’étude de façon simultanée ou après un certain délai, à la variation enregistrée au cours de la même période dans l’abondance de cette population. Le développement d’une population se fait par une succession d’états démographiques.

Ainsi, dans la phase initiale, la population croît en abondance au taux de croissance maximum fixé par les capacités biologiques de l’espèce (notion de r-max). C’est le régime démographique de colonisation. Puis, une limitation croissante des ressources cause une diminution de la croissance de la population, pour atteindre une croissance nulle en moyenne. C’est le régime de saturation. L’objectif des ICE est de caractériser le plus précisément possible le régime démographique de la population étudiée entre ces deux extrêmes. En théorie, n’importe quel trait se montrant sensible à une variation d’abondance de la population peut prétendre à être utilisé comme ICE. Pour une validation pratique, on doit disposer d’une population avec une variation d’abondance connue ou estimée de façon fiable (densité ou effectif annuel) dans laquelle le trait candidat a été mesuré. On mesure ici toute l’importance de maintenir des sites d’étude de référence sans lesquels cette approche ne peut plus progresser. Une fois que les conditions requises ont été satisfaites, on définit la relation liant la variation du trait à celle de l’abondance. Cependant, contrairement au calibrage des méthodes de dénombrement, on ne cherche pas à utiliser cette relation pour établir une prédiction de l’abondance pour une valeur de trait donnée, mais on définit un ensemble de périodes différentes dans la valeur du trait auxquelles on associe un statut démographique. Cette différence fondamentale entre approches sera illustrée en prenant l’exemple de l’Indice Kilométrique (IK). Idéalement, la validation de l’ICE candidat doit être répliquée dans des contextes environnementaux contrastés.

Cela a été réalisé dans le cadre de l’IK et de la masse corporelle des jeunes mais le plus souvent, les ICE n’ont été validés que dans une seule population. Cette approche a été initialement développée sur le chevreuil, et on dispose donc d’une batterie d’ICE plus complète pour cette espèce. Cependant, le suivi des populations d’autres ongulés par ICE a été entrepris avec succès ces dernières années et un nombre croissant d’ICE ont été validés pour les cerfs, chamois, ou mouflons, et il n’y a aucun frein théorique ou pratique à généraliser l’approche aux autres vertébrés faisant l’objet de suivis de populations et pour lesquels des populations de référence existent. Une brève présentation des ICE validés et donc potentiellement utilisables sera donnée au cours de l’exposé. Deux constats principaux peuvent être établis sur la base de l’expérience acquise à ce jour: (1) il est indispensable de mettre en œuvre plusieurs ICE renseignant au minimum chacune des trois composantes de la relation population-environnement, à savoir la performance des individus de la population, l’abondance de la population, et l’impact de la population sur l’environnement, afin d’identifier le statut démographique de la population le long du continuum colonisation-saturation, et (2) la plupart des ICE disponibles aujourd’hui permettent de bien identifier les statuts proches de la colonisation et des premiers stades de densité-dépendance, mais nous manquons d’outils pour identifier le degré de saturation.

Intervention d’un grand témoin

Jean Pierre POLY, Directeur général de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage

Les ICE en pratique

Modérateur : Benoit GUIBERT, Fédération nationale des chasseurs

Les ICE, des outils largement utilisés au niveau national

Jacques MICHALLET, Office national de la chasse et de la faune sauvage

Dès l’instauration du plan de chasse la plupart des départements, se sont appuyés sur la nécessité de connaitre l’effectif de leurs populations de grands gibiers pour fixer les plans de chasse. Au fur et à mesure des travaux de recherche réalisés sur la mise au point d’un nouveau concept de gestion à partir d’indicateurs biologiques (ICE) de nombreux gestionnaires ont adopté cette démarche. Afin d’évaluer cette progression une enquête a été lancée par le réseau ongulés sauvage géré par l’ONCFS en partenariat avec la FNC et les FDC. Aujourd’hui, si de nombreux départements ont adopté certains indicateurs, 12 d’entre eux suivent de façon croisée les 3 familles d’ICE pour gérer cerf et chevreuils, 3 pour le chamois et l’isard et 1 seul pour le mouflon.
Parmi les 96 départements qui ont répondu à l’enquête 17 ont inscrits la mise en place des ICE dans leur schéma départemental de gestion cynégétique et 27 sont partenaires d’un observatoire dont l’objectif est de suivre les populations de grands gibier grâce aux ICE.
Par ailleurs l’enquête montre une grande disparité des modalités réglementaires mises en place comme par exemple le nombre de bracelets de marquage par espèce ou bien technique comme l’utilisation d’unité de gestion pour fixer les plans de prélèvement.

 

Comment optimiser un suivi de l’équilibre population-environnement par les ICE ?

Maryline PELLERIN, Office national de la chasse et de la faune sauvage

La mise en place d’indicateurs de changement écologique pour la gestion de populations d’ongulés nécessite en amont une réflexion particulière sur les démarches à engager quelle que soit l’échelle de gestion choisie :
– Définir précisément l’enveloppe géographique correspondant à l’unité de population sur laquelle on envisage de travailler ;
– Formaliser, pour chaque espèce présente, les objectifs de gestion à court, moyen et long terme, partagés par l’ensemble des partenaires gérant le système ongulés-environnement ;
– Choisir les indicateurs validés (pour l’espèce ou les espèces à suivre) et adaptés aux conditions locales ;
– Définir un plan d’échantillonnage permettant d’adapter l’effort de terrain aux objectifs de précision fixés et aux moyens humains et logistiques disponibles.
Dès que ces choix sont validés, les indicateurs de changement écologique seront mis en œuvre et on cherchera à maximiser la précision des mesures réalisées. En effet, plus on sera précis, plus on sera capable de détecter de faibles changements et moins il faudra de données pour détecter un changement. Il est donc primordial de :
– Respecter rigoureusement les protocoles définis dans les fiches techniques correspondantes ;
– Utiliser du matériel performant pour la prise de mesure (ex. : peson digital, guyapon, …) ;
– Effectuer un suivi systématique (c.-à-d. chaque année) à la même période et répéter les mesures au sein d’une année afin d’augmenter la précision.

Mise en œuvre opérationnelle de la gestion adaptative : des difficultés à lever

Philippe BALLON, Institut national de recherche en sciences et technologies pour l’environnement et
l’agriculture

L’utilisation des indicateurs de changements écologiques pour suivre l’état des relations
populations/ environnement est un préalable à une bonne gestion des populations d’ongulés sauvages.
Cependant, la mise en application d’une démarche de type gestion adaptative nécessite de respecter
un certain nombre d’étapes structurantes : définition d’objectifs, synthèse des connaissances,
choix de modalités de gestion mise en œuvre, suivis de ces modalités et retour d’expériences. Cette
dernière étape correspond à une analyse critique de la gestion mise en œuvre et le cas échéant du
processus de concertation ayant permis de la définir. Elle permet une adaptation progressive des
pratiques.
Hors, l’analyse des pratiques, à l’appui de certains projets de recherches récents (Cosson,
Dysperse) montre à l’évidence des insuffisances. Parmi celles-ci, on note le plus souvent un manque
de consensus sur des objectifs communs et partagés entre les différents acteurs (forestiers,
chasseurs…) voire au sein d’un même groupe d’acteurs (forestiers publics/forestiers privés par
exemple). Une revue des besoins sera menée au cas particulier de la Sologne où se cristallisent des
points de désaccords.

 

 

Retours d’expérience

Modérateur : Jacky DESBROSSE, Fédération nationale des chasseurs

Articuler ICE et réussite des régénérations forestières : expérience des forêts domaniales de Seine-Maritime

Samuel THEVENET, Office national des forêts

Depuis une quinzaine d’années, l’ONF a mis en place des suivis de la dynamique forêt-cervidés dans les massifs domaniaux d’Ile-de-France et du Nord Ouest, en particulier en Seine-Maritime où ils font l’objet d’une convention entre la FDC76 et l’ONF. Cette démarche a permis d’appuyer les évolutions des plans de chasse sur des constats objectifs et partagés, et ainsi de maintenir l’équilibre sylvo-cynégétique à un niveau relativement constant dans ces massifs. Ce travail a montré néanmoins des limites dans certains massifs où, au début des suivis, les niveaux de consommation de la flore par les cervidés se révélaient incompatibles avec les objectifs des aménagements forestiers. En parallèle, l’ONF a mis en place un dispositif d’évaluation par ses agents forestiers du niveau de dommages causés par les cervidés aux jeunes peuplements. Dans les massifs où ce diagnostic sylvicole n’était pas partagé, une expertise contradictoire entre FDC76 et ONF a été conduite avec le protocole d’évaluation des dégâts de l’IRSTEA. Forts de cette expérience, une méthodologie commune aux forêts domaniales d’Ile-de-France et du Nord Ouest a été élaborée. Le programme est le suivant : un diagnostic sylvicole initial pour chaque forêt, la définition d’un état d’équilibre sylvo-cynégétique cible associé à un scénario de gestion, le partage des constats et des cibles avec les partenaires, la mise en œuvre des plans de chasse, le suivi à l’aide des ICE et un nouveau diagnostic sylvicole après 3 ans.

« ICE Ardennes » et « Sylvafaune Vendresse » : deux projets pour faciliter la concertation sur la question de l’équilibre forêt/gibier

Frédéric BAUDET, Fédération départementale des chasseurs des Ardennes

En 2012, les instances forestières ardennaises s’opposent à l’entrée en application du SDGC car la question de l’équilibre sylvo-cynégétique n’y serait pas traitée à la mesure de l’enjeu. La Fédération des chasseurs des Ardennes accepte qu’un travail approfondi soit mené sur cette thématique mais propose que ce soit à partir d’une démarche concertée, incluant forestiers publics et privés, au travers des projets suivants :
« ICE Ardennes »
Ce projet multi-partenarial est placé sous le patronage de la DDT des Ardennes. Il a pour objectif d’adosser la concertation sur les plans de chasse au suivi des populations de cervidés par les ICE.
Le programme de travail porte sur 4 UG où la FDC récoltera, les éléments relatifs au fonctionnement démographique des populations, le CRPF et l’ONF prenant en charge l’évolution de l’impact du gibier sur la forêt.
« Sylvafaune Vendresse »
Dès son lancement, la démarche « Sylvafaune » est apparue très complémentaire du premier projet. Elle crédibilise l’idée initiale, règle la question de l’animation et laisse espérer le solide retour d’expérience d’un réseau national. A l’initiative des chasseurs, les partenaires de l’UG de Vendresse ont rejoint le réseau dès sa création, en 2013 afin de proposer des actions techniques supplémentaires pour compléter sur ce massif le diagnostic sylvo-cynégétique, préciser les enjeux ou localiser les tensions.
Vers un diagnostic partagé en matière d’équilibre forêt/gibier
Ces deux projets doivent permettre l’émergence d’une concertation apaisée, appuyée sur un diagnostic partagé, établit selon un cadre technique accepté de tous. Ils ont une vocation pédagogique, pour l’ensemble des acteurs du département, et expérimentale, dans le cadre de la gestion opérationnelle des UG où ils sont déployés.
A terme, la prise de décision concernant les attributions de plan de chasse dans les Ardennes pourrait-être améliorée grâce à l’expertise acquise dans le cadre de ces travaux.

Management du savoir-gérer le cerf élaphe dans les Côtes d’Armor

Cyril LE BELLEGO, Fédération départementale des chasseurs des Côtes -d’Armor

Le département des Côtes d’Armor comprend 615 000 habitants dont 11 200 chasseurs (soit 1,8 % de la population). Il fait une surface de 688 000 hectares avec 70 % de terres agricoles et 12 % de bois. Agriculture et Industrie Agro-Alimentaire génèrent annuellement 776 millions d’euros d’exportation pour 14 % des emplois.
Institutions et partenaires agricoles et forestiers se sont entendus pour devenir experts en matière de conduite de management de la gestion du cerf des Côtes d’Armor. Pour ce faire, ils se sont appropriés lors d’un voyage d’étude en 2009 les différents protocoles mis en œuvre dans les Ardennes belges (massif du Saint-Hubert) et françaises (Bel-Val) ainsi qu’à la Petite Pierre dans les Vosges.
Avec une population départementale de cerf comprise entre 700 et 1000 individus avant naissances, les membres de la Commission Départementale et de la Chasse Faune Sauvage ont conceptualisé un projet qui avait pour objectifs de mesurer l’impact de la chasse sur la démographie des dix populations de cerf, d’adapter les densités de populations aux différents contextes agriforestiers et d’affiner les critères d’attribution pour une gestion durable et équilibrée de l’espèce.
Dès 2009/2010, une carte « T » de déclaration des prélèvements de cerfs à renvoyer à la fédération dans les 72 heures suivant le prélèvement et un retour obligatoire sous 8 jours des mandibules inférieures des animaux prélevés à la chasse sont institués. Des réunions de restitution de comptage sont organisées la première quinzaine d’avril sur les unités de population à enjeux en vue de proposer un plan de chasse global et argumenter en commission départementale les consensus convenus par les bénéficiaires de plans de chasse. Un tableau de bord évaluant le respect de l’application des différents indicateurs de suivis de l’espèce par les détenteurs de droit de chasse, les analyses pluriannuelles du rétro-calcul des cohortes et des différents suivis pratiqués appuient cette argumentation.
Qu’on se le dise, la chasse durable passe par le recours à des sciences et techniques diverses. La signature le 11 mai 2011 d’un protocole d’accord de gestion et de suivi de l’espèce cerf dans les Côtes d’Armor, entre DDTM, ONCFS, ONF, CRPF, Conseil Général, Chambre d’Agriculture, ADCGG et FDC, entérine cette volonté de bien faire, qui dépassionne d’ailleurs les conflits par un meilleur partage du savoir et des connaissances !

La gestion des ongulés dans le massif des Bauges

Mathieu GAREL, Office national de la chasse et de la faune sauvage

Le massif des Bauges (~80 000 ha), situé à cheval sur les départements de la Savoie et de la Haute-Savoie, fait partie intégrante du Parc Naturel Régional du même nom et abrite en son sein une Réserve National de Chasse et de Faune Sauvage. Cette réserve, territoire de référence pour l’étude du chamois, a contribué à la mise au point des indicateurs d’abondance (IPS) et de performance (masse corporelles de jeunes) pour l’espèce. Au début des années 2000, les études menées au sein de la RNCFS ont commencé à se généraliser à l’ensemble du massif avec la double vocation de développer l’utilisation des indicateurs de changement écologique à des échelles opérationnelles de gestion et de poursuivre le développement de nouveaux indicateurs.
            C’est à partir des 30 années de gestion du chamois au sein de la RNCFS et de sa proche périphérie que nous illustrons comment les ICE ont progressivement remplacé un suivi uniquement basé sur les comptages lourds afin de permettre une gestion plus fine de la population en adéquation avec sa situation démographique (population limitée par ses ressources). Cette rétrospective sera l’occasion de montrer la relation étroite développée sur un même territoire entre recherche et gestion.
            Nous reviendrons ensuite sur comment les ICE sont aujourd’hui proposés à l’échelle du massif pour les 3 autres ongulés présents (mouflon, chevreuil et cerf). Cette partie sera l’occasion de démontrer l’intérêt du transfert opérationnel de ces méthodes dans le cadre d’une gestion efficiente des populations.
            Nous terminerons notre exposé sur trois développements techniques mis en œuvre actuellement sur ce territoire. Le premier concerne le cerf et le chevreuil pour qui les indicateurs d’abondance et de pression sur la flore largement utilisés en plaine nécessitent encore certains ajustements aux contraintes spécifique des zones de montagne. Cela a motivé la mise en place d’une expérimentation par « distance sampling » dans le cadre de l’indice nocturne. Le second concerne le développement d’alternative à l’IPS, comme l’IPA, pour le suivi de l’abondance des populations de chamois en milieu fragmenté et le raffinement de ces approches pour permettre notamment de mieux intégrer la variance d’échantillonnage dans les indices calculés. Enfin, les récentes avancées sur la biologie comportementales des espèces suivies plaident aujourd’hui en faveur d’une meilleure intégration de la structuration spatiale des mesures collectées dans les décisions de gestion. Ce dernier volet est testé sur une partie du massif où les données recueillies dans le cadre des suivis par ICE ont permis d’engager les premières analyses.

Retours d’expérience (suite)

Modérateur : Alain BELLOY, Fédération départementale des chasseurs d’Indre et Loire

De l’usage des indicateurs sylvo-cynégétiques : un exemple en Picardie

François CLAUCE, Centre régional de la propriété forestière du Nord-Pas-de-Calais et Picardie

En Picardie, comme ailleurs en France, nous connaissons une évolution à risque de deux indicateurs majeurs : les attributions de chevreuil et grand cervidés ne cessent d’augmenter, reflet de populations elles-mêmes en hausse, et le capital de bois sur pied augmente lui aussi régulièrement, entrainant une diminution des capacités d’accueil des forêts.
Ces deux évolutions ont des conséquences négatives et crispent les relations entre forestiers et chasseurs : localement les chevreuils compromettent sérieusement les régénérations, l’aire de répartition du Cerf ne cesse de s’étendre et les noyaux de population connaissent des dégâts d’abroutissement et d’écorçage dépassant parfois l’insupportable.
Pour tenter de trouver des solutions aux problèmes des forestiers et entretenir l’indispensable dialogue entre forestiers et chasseurs, l’usage des indicateurs sylvo-cynégétique a permis en plusieurs étapes ,d’établir des objectifs de prélèvement par unité de gestion cynégétique :
  • Mise en place d’un observatoire régional regroupant forestiers, chasseurs et administration pendant quatre ans : partage des méthodes d’évaluation des interactions entre grand gibier et écosystème forestier, observation de cas concrets sur le terrain, instauration d’une relation de confiance entre les acteurs, production d’un document partagé sur les indicateurs ;
  • Développement ou valorisation d’outils et d’indicateurs des relations forêt-gibier : tableau de bord des données sylvo-cynégétiques, suivi des Indices de Consommation (IC) existant en forêt domaniale et mise en place de nouveaux IC en forêt privée, mise en place et suivi de dispositifs enclos/exclos ;
  • Instauration d’un groupe de travail technique dans l’Oise chargé d’analyser secteurs par secteurs les indicateurs disponibles et de proposer un objectif de prélèvement aux 100 hectares par espèce chassable, en situation supposé d’équilibre, ainsi que les mesures à court et moyen termes permettant d’atteindre cet objectif.
Toutes ces démarches restent toutefois guidées par l’idée française qu’il faut s’accrocher à des quotas …

Tendances d’évolution des équilibres forêt cervidés en Seine-Maritime : bilan de 15 années de suivi et perspectives

Eric COQUATRIX, Fédération départementale des chasseurs de Seine Maritime

Depuis 2002, à l’initiative de la FDC76 et du CRPF de Haute Normandie, en amont du premier Schéma Départemental de Gestion Cynégétique 2004/2010, les acteurs de la gestion du grand gibier (FDC76, DDTM, ONF, CRPF) ont fixé par convention les règles inhérentes au suivi des tendances d’évolution des équilibres forêt cervidés en Seine-Maritime. Initialement, les protocoles de suivi ont fait l’objet d’une analyse et d’une validation de la part de l’IRSTEA.
Ainsi, chacune des 19 zones de gestion cynégétique du département fait l’objet d’un diagnostic complet tous les 3 ans (Indices kilométriques d’abondance, indices de consommation sur la flore, pesées des chevrillards, tableaux de chasse…). Sur la base de cet état des lieux, un comité de pilotage composé de l’ensemble des acteurs et de scientifiques, détermine les objectifs de tableaux de chasse par zone de gestion cynégétique pour tendre vers l’équilibre sylvo cynégétique. Cette procédure est unique en France de par l’étendue des suivis et les outils mis en œuvre.
Dans le cadre de la préparation du SDGC 2016/2022, la FDC76 réalise un bilan des opérations techniques entreprises et les confronte aux conditions précisées dans la nouvelle loi d’avenir pour l’agriculture, l’alimentation et la forêt du 13 octobre 2014. Ces travaux s’appuient sur une large concertation avec les signataires de la convention afin d’anticiper la préparation du programme régional de la forêt et du bois. Ils devront alimenter en données objectives la commission régionale de la forêt et du bois qui devra proposer, après consultation de la Commission Départementale de la Chasse et de la Faune Sauvage, un programme d’actions permettant de favoriser l’établissement de l’équilibre sylvo cynégétique.
L’enjeu pour les acteurs cynégétiques et forestiers est d’adapter les outils en place pour tendre vers cet équilibre.

La gestion du cerf et du chevreuil en Gironde

Thierry MALLIE, Fédération départementale des chasseurs de Gironde
Dans le département de la Gironde depuis 1999 le suivi était assuré en combinant plusieurs méthodes indiciaires basées seulement sur l’abondance des populations.
Suivi des populations de chevreuil : Mise en place en 1999 d’un Indice Kilométrique voiture adapté en tenant compte des ressources humaines (présence d’un professionnel à chaque sortie) afin de couvrir l’ensemble du département qui est le plus grand de France, d’un indice surla vitesse de réalisation du plan de chasse (nombre d’heures passé pour prélever les animaux attribués) et d’un Indice sur l’avis des détenteurs de plans de chasse sur leur appréciation de l’évolution des populations. Ces 2 indices girondins sont également en application pour le suivi des populations de cerfs. Les analyses des dégâts agricoles, forestiers sont aussi exploitées.
Suite à la publication par l’ONCFS sur les Indicateurs de Changement Ecologique, en 2012 un toilettage des indices kilométriques a été réalisé afin de respecter le protocole. Ce qui a entrainé l’abandon de l’indice adapté en 1999 et mise en place de nouveaux circuits mais seulement sur une partie du département.
De plus un indice de performance basé sur la longueur des métatarses des jeunes chevreuils prélevés à la chasse a été mise en place sur l’ensemble du département par échantillonnage.
Aucun indice sur la pression de la population sur son milieu n’est réalisé car ces méthodes sont difficilement applicables et réalisables sur le département par des professionnels cynégétiques.
Suivi des populations de cerf : mise en place d’un Indice Nocturne d’Abondance en 2000 suite à la tempête Martin de 1999 sur l’ensemble des massifs à cerf.
En 2011, mise en place d’un indice de performance basé sur les poids des faons prélevés à la chasse et en 2012 observation de la proportion de femelles subadultes gestantes prélevées à la chasse par collecte de l’appareil génital.
Comme pour le chevreuil aucun indice de mesure de la pression de la population sur son milieu.
Sur le massif le plus important un dossier sylvafaune a été créé et cet indice manquant devrait être mise en place ce qui nous permettrait d’avoir les trois familles d’indicateurs.
Avec deux années de récoltes de données il est difficile d’avoir une tendance d’évolution mais les premiers résultats de ces Indicateurs de Changement Ecologique sont intéressants et nous paraissent apporter des renseignements reflétant les avis de terrain.

Harmonisation des suivis Chamois et Isards dans les parcs nationaux français de haute-montagne

Jérôme CAVAILHES, Parc national des Pyrénées

Depuis leur création, les parcs nationaux de haute-montagne ont réalisé des comptages quasi-
exhaustifs de leurs populations d’ongulés par la méthode d’approche/affûts combinés. Il a récemment
été montré que cette dernière, utile pour connaître l’effectif minimum présent à un instant t, ne
permet cependant pas d’apprécier toutes les tendances démographiques des populations à cause d’une
sous-estimation systématique des effectifs et d’une précision inconnue et variable.

Depuis quelques années, les établissements des parcs nationaux et PNF ont mis en évidence le besoin
d’améliorer la méthodologie des suivis en place, afin de mieux répondre aux questions des
gestionnaires. L’indice d’abondance pédestre « IPS », basé sur le protocole IPS (Index Population
Size) a été défini en 2006 dans le cadre d’un projet scientifique visant à établir un ICE sur deux
espèces de montagne : le Chamois et l’Isard. Cet indice d’abondance résulte d’un calcul simple
relatif au nombre moyen d’animaux observés sur un itinéraire pédestre prédéterminé parcouru
plusieurs fois. Depuis 2008, les quatre parcs nationaux de haute-montagne (Écrins, Mercantour,
Pyrénées, Vanoise) réalisent entre deux et vingt parcours IPS Chamois/Isards par an, de façon à
tester et évaluer la faisabilité technique et la qualité des indices obtenus, en parallèle ou en
remplacement des comptages approche/affûts combinés.

PNF et les quatre parcs nationaux de haute-montagne entreprennent depuis septembre 2014 des actions
visant à harmoniser les suivis chamois et isards étudiés sur leurs territoires afin d’aboutir à un
protocole commun. Cette étude permettra aussi de traiter diverses questions de gestion (pratiques
durables en termes de prélèvements) et de faire un lien avec les programmes de veille sanitaire de
chaque parc.

Les observatoires de gestion

Modérateur : Gérard BEDARIDA, Association nationale des chasseurs de grand gibier

L’Observatoire Grande Faune et Habitats (OGFH) : une stratégie gagnante pour gérer l’équilibre faune-flore

Alain HURTEVENT, Fédération départementale des chasseurs de la Drôme et OGFH

L’Observatoire Grande Faune et Habitats (OGFH) est une association qui rassemble depuis 2002, les principaux gestionnaires cynégétiques et forestiers ainsi que chercheurs, naturalistes et décideurs en Rhône-Alpes et Provence Alpes Cote d’Azur. Son objectif est de rechercher et de faire appliquer les outils d’aide à la décision en matière de gestion des populations d’ongulés sauvages en harmonie avec leurs habitats.
L’OGFH fonctionne à partir d’un réseau de 14 territoires de référence sur lesquels un suivi annuel de l’état d’équilibre entre les ongulés sauvages (cerf, chevreuil, chamois, mouflon) et leurs habitats est réalisé grâce à une batterie d’indicateurs biologiques validés: les ICE. La diversité des écosystèmes et des contextes socioéconomiques représentée permet d’alimenter une plateforme d’expertises pour définir et valider de nouvelles stratégies de gestion transposables au plan local et national.
Sur chaque territoire de référence un groupe local composé des principaux acteurs assure la circulation des informations entre le terrain et les instances de l’OGFH. Ces dernières alimentent une base de données commune qui sera analysée et synthétisée sous forme de tableaux de bord mis à la disposition des gestionnaires et décideurs.
L’observatoire s’investit également dans le transfert des connaissances, des expériences et des savoirs faire. A cet égard, différents outils ont été spécialement conçus pour faciliter l’appropriation des nouvelles méthodes : site internet, lettre d’information, guides pratiques, etc.
Grâce à son fonctionnement il a fait progresser l’état des connaissances et les capacités d’expertise locales sur l’état d’équilibre agro-sylvo-cynégétique. Comme par exemple l’expérience de la fédération des chasseurs de la Drôme qui en s’appuyant sur les suivis réalisés sur ces trois territoires de référence, elle a décidé en 2012 de généraliser la gestion adaptative par les ICE sur l’ensemble du territoire selon les principes définis par l’OGFH. Cette expérience réussie permet de démontrer que l’utilisation des ICE ne doit pas se limiter à quelques territoires de référence mais qu’il est tout à fait possible d’appliquer cette politique à l’échelle d’un département pour le plus grand profit des gestionnaires.  

L’observatoire cerf sur le massif jurassien

Jérôme BOMBOIS, Fédération départementale des chasseurs du Jura

Initié dans le cadre de la coopération transfrontalière européenne, cet observatoire franco-suisse est en place depuis 2005. Il fédère 14 partenaires : forestiers, chasseurs, DDT, ONCFS, PNR, cantons suisses…. Le massif jurassien, considéré de moyenne montagne, est en phase de colonisation par le cerf élaphe. La forêt est bien présente avec environs 450 000 ha (taux de boisement 44%), principalement gérée en futaie jardinée. Pour la filière bois, les enjeux de production sont importants, mais également en termes de revenus pour les communes et les propriétaires privés. Les enjeux écologiques sont également importants (présence d’espèces rares et menacées). Un des objectifs cadre de l’observatoire est de suivre et maîtriser les populations de cerfs présentes sur le massif jurassien, dans le but de garantir la présence de l’espèce tout en permettant une régénération forestière suffisante. Pour aider à la détermination de la gestion des populations, des indicateurs de changement écologique (ICE) communs à l’ensemble des partenaires ont été choisis. Ils ont été développés en concertation, avec une coordination franco-suisse et permettent de suivre 7 populations. On retrouve des indicateurs de performance, d’abondance, et d’impact sur le milieu : l’indice nocturne, le poids des faons, la longueur des dagues et l’indice de consommation.

Et en complément à ces ICE, est également étudié : le suivi du plan de chasse, de la mortalité extra cynégétique, le suivi des indices de présence en dehors des noyaux de populations installées et le suivi du renouvellement forestier des essences de production (semis, fourrés et perches pour la futaie irrégulière).

Toutes les données recueillies sont compilées à l’échelle biologique des populations, puis analysées et synthétisées dans un document annuel. Ce document est édité fin avril, puis adressé à chaque partenaire. Il est présenté lors des groupes de travail plan de chasse. Certaines populations sont transfrontalières et interdépartementales, elles nécessitent au préalable une concertation entre les pays et départements pour évaluer la situation globale et ainsi adapter les mesures de gestion. C’est le cas pour la population de cerfs « Dôle-Gex-Versoix », pour laquelle un groupe de travail spécifique a été créé. L’objectif est de rédiger un plan de gestion commun, en intégrant les différents résultats de suivi, et qui servirait aux différents entités administratives.

Le concept Sylvafaune

Jean Michel SOUBIEUX, Office national de la chasse et de la faune sauvage

A travers la démarche baptisée Sylvafaune, l’ONCFS s’attache à expertiser les modalités de concertation permettant d’établir, à l’échelle d’un massif forestier et d’une population de cervidés, un état des lieux partagés, des objectifs compris de tous les acteurs et un plan d’action opérationnel. Cette démarche repose sur les principes de la gestion adaptative et l’utilisation des ICE.

Début 2015, des comités Sylvafaune étaient installés dans les Ardennes (massif de Vendresse), en Isère (massif de la Chartreuse), dans la Vienne (massif de Moulière), dans la Nièvre (massif des Bertranges), et en cours d’installation en Gironde (massif du Médoc) et dans la Sarthe (massif de Bercé). Les travaux engagés à ce jour permettent déjà d’en tirer de premiers enseignements :

  • Les indicateurs de changement écologique (ICE) sont des outils connus et largement utilisés. Toutefois leur mise en œuvre est souvent imparfaite (protocoles non respectés) ou incomplète (absence d’indicateurs dans l’un des 3 domaines), rendant les données qui en sont issues difficilement exploitables. Or ces outils, permettant de suivre dans le temps l’évolution du système forêt-cervidés, sont nécessaires pour la mise en place d’une gestion adaptative ;
  • Les enjeux sylvicoles sont souvent imparfaitement connus et compris des autres acteurs du territoire, rendant tout effort pour partager des objectifs très aléatoire ;
  • Des objectifs basés sur des données sylvicoles, notamment sur la notion de dégâts aux peuplements forestiers supportables peuvent être partagés entre forestiers et chasseurs ;
  • Un indicateur permettant de mesurer l’atteinte des objectifs de la gestion forestière en fonction de l’évolution du système forêt-cervidés, indicateur qui n’est pas validé à ce jour, est un outil nécessaire au bon fonctionnement de cette concertation entre forestiers et chasseurs ;
  • La cartographie des objectifs de gestion forestière, traduisant la vulnérabilité actuelle et à venir des peuplements forestiers, permet d’anticiper de futures situations conflictuelles, par la mise en place une gestion cynégétique adaptée aux évolutions forestières à venir.
  • Des travaux sont encore nécessaires au sein de cette démarche Sylvafaune pour mieux expertiser ces méthodes de concertation entre groupe d’acteurs aux intérêts parfois apparemment divergents. Les travaux s’orientent notamment vers la définition d’objectifs sylvicoles partagés avec les chasseurs, vers la mise en place d’outils permettant de mesurer l’atteinte de ces objectifs et vers la mise en place de plans d’actions permettant d’amener vers un équilibre sylvo-cynégétique préalablement défini et partagé.

L’exploitation des résultats pour définir les plans de prélèvement

Modératrice : Nirmala SEON-MASIN, Office national de la chasse et de la faune sauvage

Les tableaux de bord : une aide à la décision pour gérer le grand gibier

Thierry CHEVRIER, Office national de la chasse et de la faune sauvage

Afin d’aider les gestionnaires à prendre les bonnes décisions en terme de gestion, nous proposons
une démarche innovante mise au point à partir de nombreux retours d’expériences : le tableau de
bord. Il s’agit d’un document technique qui synthétise à l’échelle d’une unité de gestion les
tendances temporelles d’une série d’indicateurs de changements écologiques (ICE). Il permet de
présenter clairement les résultats des suivis, d’établir et de partager un diagnostic de l’état
d’équilibre ongulés-environnement et d’oriente in fine les plans de prélèvements selon les
objectifs initialement fixés.
Il s’adresse aux gestionnaires cynégétiques, forestiers et agricoles, aux responsables d’espaces
naturels ainsi qu’aux pouvoirs publics impliqués dans la recherche de l’équilibre agro-sylvo-
cynégétique. Il constitue une aide aux décisions et un support pour gérer durablement les
populations d’ongulés et leurs habitats, en particulier dans le cadre des réunions préparatoires
aux plans de chasse et/ou dans les documents d’aménagement sylvicoles.
Le contenu des tableaux de bord est calé sur des périodes multiples de trois années, permettant
ainsi leur utilisation dans le cadre des plans de chasse triennaux. Chaque tableau de bord peut
être complété par des documents techniques, selon les particularités des unités de gestion
concernées.
Ces supports sont testés avec succès depuis plusieurs années par les partenaires de l’Observatoire
Grande Faune et Habitats (OGFH) en Rhône-Alpes et en Provence Alpes Cote d’Azur. Le concept et la
démarche sont aujourd’hui repris dans de nombreux départements par les gestionnaires et les
services de l’Etat. Au-delà de leur intérêt technique, ils constituent de véritables outils d’aide
à la concertation et un support incontournable pour établir une feuille de route opérationnelle en
matière de gestion de l’équilibre agro-sylvo-cynégétique. L’évolution des connaissances
scientifiques et des informations tirées des retours d’expériences alimenteront de façon continue
l’évolution de ces nouveaux outils didactiques.

Des ICE pour fixer les plans de prélèvements dans la RNCFS de la Petite Pierre

Sonia SAÏD, Office national de la chasse et de la faune sauvage

La réserve nationale de chasse et de faune sauvage de la Petite Pierre, dans le Bas-Rhin, est un territoire unique de recherche sur le fonctionnement des populations de cervidés, notamment le cerf élaphe cogérés par l’ONCFS et l’ONF. Grâce aux suivis réalisés depuis plus de trente années sur cette population de référence, plusieurs indicateurs de changement écologique (ICE) ont été validés pour cette espèce, tels l’indice nocturne pour suivre l’abondance des populations, la masse corporelle des faons ou la gestation des bichettes pour suivre la performance des populations. 

Ce territoire chassé est évidement géré sous le concept de la gestion adaptative, basé sur l’utilisation d’une batterie d’ICE. En effet, des indices d’abondance (indice nocturne pour le cerf, indice kilométrique pédestre pour le chevreuil) et de performance (masse corporelle, longueur de la patte arrière et de la mâchoire des faons de cerfs, bichettes et daguets et des chevrillards, taux de gestation des biches et des bichettes) sont mesurés depuis 1978. En parallèle, des mesures relatives à la pression des animaux sur l’habitat (indice de pression floristique ou indice de consommation) sont relevées depuis 2011. Ces suivis renseignent sur l’état des relations entre les populations de cervidés et la forêt, et permettent d’établir des directives de gestion et d’adapter les plans de prélèvements en fonction des objectifs de gestion des populations animales et du milieu.

Par ailleurs, de nouveaux outils de gestion de l’habitat forestier visant à réduire la sensibilité des peuplements forestiers aux dégâts et à augmenter la capacité d’accueil des milieux sont testés sur  ce site expérimental. Les gestionnaires constatent des résultats positifs sur le renouvellement des peuplements, mais des indicateurs doivent encore être validés pour les mesurer statistiquement, en distinguant l’effet respectif de la gestion des populations et des habitats.

Les ICE – un outil de décision pour les CDCFS

Gérard Bedarida, Président de l’Association Nationale des Chasseurs de Grand Gibier

Les Commissions Départementales de la Chasse et de la Faune Sauvage (CDCFS) sont confrontées à l’impossibilité d’évaluer tant le niveau des populations de grand gibier que le niveau d’équilibre optimal.
Faute de chiffres, les membres des CDCFS, ont parfois tendance à se focaliser sur l’enjeu financier le plus apparent : les dégâts agricoles. Malheureusement, la variation annuelle des dégâts agricoles est affectée de multiples facteurs climatiques, agricoles, biologiques ou financiers.
En analysant les variations d’abondance, de performance des animaux ou d’impact sur le milieu, les ICE permettent d’apprécier de manière concordante les variations des populations de grands herbivores.
Un constat cohérent et partagé facilitant la prise de décisions
Cette cohérence entre les trois types d’indices contribue à la fiabilité des constats. Elle favorise une vision partagée par les différents membres de la CDCFS.
Appliqués à l’échelle des massifs, les ICE permettent d’identifier des dynamiques différentes à l’intérieur du département et améliorent la pertinence des décisions.
Un handicap : la réactivité pluri-annuelle
Les ICE évoluent sur des pas de temps pluriannuels. L’interprétation annuelle peut être perturbée par des évolutions conjoncturelles non significatives.
Une mauvaise tentation : ralentir les cycles de décisions faute d’indicateurs annuels
Ceci ne doit pas conduire à ralentir le cycle des questionnements une fois tous les trois ans. Bien au contraire, un examen annuel favorise indéniablement une meilleure réactivité.
Les CDCFS ont à composer entre 2 contraintes temporelles contradictoires :
• Réagir au plus vite pour résorber les amorces de déséquilibres (plus on attend, plus la situation est difficile à redresser).
• Appliquer des décisions cohérentes dans le temps car les infléchissements de plans de chasse ne portent leurs fruits qu’à une échelle pluriannuelle, fonction du niveau de déséquilibre et de la vigueur de la réaction.
Des pistes pour faciliter des prises de décision efficaces
Identifier les facteurs conjoncturels majeurs qui affectent les résultats d’ICE et pondérer les évolutions parfois contradictoires :
• Niveau de fructification forestière (indices nocturnes, ICE)
• Conditions météo générales en sortie d’hiver (reprise de végétation, fonte des neiges).
• L’évaluation par les scientifiques du poids des facteurs conjoncturels sur les ICE faciliterait l’interprétation annuelle.
Confronter les résultats d’ICE avec l’évolution d’autres indicateurs plus réactifs.
• Le taux de réalisation du plan de chasse est bien plus un indicateur qu’un objectif.
• Sa variation d’une année à l’autre caractérise l’évolution de la rareté/abondance du gibier.
• Cette variation est bien moins sensible aux biais humains que le niveau brut du taux qui reste sujet à caution.
Pour des membres de CDCFS peu familiers avec la gestion cynégétique, la lecture des ICE n’est pas chose facile. Les gens restent parfois fixés sur cette question impossible : combien d’animaux ?
Une présentation structurée de l’ensemble de ces résultats (ICE, conjoncture, autres indicateurs) en CDCFS facilite notablement la lecture des ICE. Une telle démarche favorise le partage des constats et des décisions.
 
 

Perpectives

Modérateur : Pierre MIGOT, Office national de la chasse et de la faune sauvage

 

Utiliser l’effort de chasse pour gérer le sanglier en Ardèche

Fabrice GIRARD, Fédération départementale des chasseurs de l’Ardèche

Dans son schéma départemental de gestion cynégétique, la FDC 07 indique que la gestion du sanglier doit s’appuyer sur l’utilisation d’outils permettant une concertation avec les partenaires. Ainsi, différents indicateurs de gestion du sanglier ont pu être élaborés dans ce département, et les gestionnaires ardéchois souhaitaient les évaluer de manière scientifique. En effet, une gestion raisonnée nécessite la réponse de nombreuses questions parmi lesquelles, comment contrôler la pression de chasse pour atteindre les objectifs de gestion fixés ? Pour répondre à ces attentes, un travail engagé en collaboration avec l’ONCFS avait pour objectif d’identifier quels indicateurs étaient les plus pertinents pour modéliser le processus de chasse du sanglier, en calibrant un modèle statistique sur les données collectés par la FDC, et notamment les carnets de battue. En s’inspirant des concepts utilisés en halieutique, nous avons pu définir pour notre contexte cynégétique les notions d’effort de chasse et de pression de chasse. Ces concepts ont ensuite été formalisés à l’aide de modèles décrivant au mieux l’action de chasse du sanglier en Ardèche. Fondamentalement, ces modèles mettent en relation différentes mesures de l’effort de chasse pour une période et une zone données, la pression de chasse mesurée comme probabilité de prélèvement de sangliers (toujours pour une période et une zone données), l’évolution de l’effectif des sangliers en début, milieu et fin de saison, et le tableau de chasse tenu tout au long de la saison. Une comparaison des modèles développés a permis de mettre en lumière la pertinence de l’indicateur : « nombre de journées-chasseurs » comme mesure de l’effort de chasse dans le département de l’Ardèche. L’ajustement de ces modèles sur les données ardéchoises a également permis d’estimer la « capturabilité » des animaux dans différents contextes de chasse (e.g. chêne vert, fortes pentes, etc.).. Par ailleurs, le modèle ajusté a permis le développement de plusieurs procédures mathématiques permettant de mieux prévoir et prédire les efforts à mettre en œuvre pour la gestion du sanglier. 
Bien que ce premier travail  nous ait permis d’avancer dans de nombreux domaines, il reste perfectible, notamment en renforçant les processus de modélisation par l’apport d’informations encore manquantes identifiées lors de cette première étape.

 

L’observatoire « sanglier et fructifications »

Christine SAINT-ANDRIEUX, Office national de la chasse et de la faune sauvage

Contrairement à ce qui se passe chez d’autres ongulés, aucun ICE n’existe pour aider à la gestion du sanglier: A ce jour, l’analyse des dégâts agricoles et l’évolution du tableau de chasse restent les bases principales de réflexion.
Les acquis sur la démographie du sanglier montrent le rôle déterminant du potentiel reproducteur des femelles, lui-même dépendant en partie de la production de certains fruits des essences forestières feuillues, qui peut être extrêmement variable d’une année à l’autre.
Pouvoir relier le niveau des fructifications forestières (des glandées en particulier) avec le niveau de recrutement des populations de sanglier permettrait d’anticiper les mesures de gestion à prendre pour maîtriser les populations de sanglier (réactivité dès le début de la saison de chasse).
L’objectif de cet observatoire est de rassembler un réseau de territoires représentatifs de la diversité nationale. Il s’agira, pour un même territoire, d’estimer le niveau de fructification forestière par des méthodes légères, et de mesurer l’état reproductif des laies de tous âges sur toute la période de chasse.
Pour candidater à l’entrée dans l’observatoire sanglier, un territoire doit rassemble plusieurs conditions : 1) la motivation des chasseurs, volontaires à s’investir sur une durée minimale de  5 ans. 2) une représentation suffisante des feuillus dans les peuplements forestiers du territoire considéré (chênes sessile et pédonculé, chêne vert, chêne pubescent, hêtre et châtaignier). 3) un minimum de 30 laies de plus de 25 kg tirées sur toute la saison de chasse,  analysées précisément (détermination de la classe d’âge, pesée effective et analyse du tractus génital).
Pour le suivi des fructifications forestières la méthode utilisée repose sur une estimation indiciaire de la fructification d’arbres choisis sur des transects voiture et/ou pédestre bien répartis sur les zones présentant les essences concernées. Le protocole devra être appliqué avant le début de la chute des fruits forestiers et confirmé par un relevé après la chute des fruits. Cet outil de pronostic qui en l’état actuel des connaissances, restera « grossier » et de type « recrutement Faible/Moyen/Fort » devrait être affiné grâce aux résultats d’autres projets d’études en cours sur la régénération du chêne. Ces relevés seront aussi l’occasion de documenter les connaissances sur la gestation du sanglier dans une diversité d’environnement et de climat et d’alimenter les modèles démographiques récemment élaborés pour améliorer la gestion de l’espèce.

 

Que peut nous dire la flore sur les effets des ongulés sauvages ?

Anders MÅRELL, Institut national de recherche en sciences et technologies pour l’environnement et l’agriculture 

Les ongulés sauvages interagissent avec leur milieu de manières diverses et variées. Ils modifient ainsi l’environnement qui les entoure et transportent de la matière d’un milieu à un autre. C’est pourquoi, on les considère comme des ingénieurs de l’écosystème. Les activités les plus fréquentes exercent une pression sur le milieu qui peuvent, en cas de surabondance d’animaux, se traduire en impact avéré et irréversible sur l’écosystème forestier.
Dans ce contexte, nous ferons bien la distinction entre « pression », « effet » et « impact » des ongulés sauvages. La pression est définie comme étant l’intensité des activités, qui pourrait expliquer les relations de cause à effet. L’effet correspond à une modification quelconque du milieu par rapport à un état préalable. L’impact fait référence à une altération significative du milieu par rapport à un état de référence prédéfini par les acteurs, que ce soit en lien avec des normes sylvicoles, des objectifs de conservation de la biodiversité ou toute autre valeur environnementale.
Les plantes témoignent à la fois de la pression exercée par les ongulés sauvages et des effets de ces derniers sur l’écosystème. La quantification des traces d’abroutissement, de frottis et d’écorçage laissées sur les végétaux peuvent servir d’indicateurs directs de la pression exercée par les animaux sur le milieu. L’indice de consommation (IC) des espèces lignifiées et l’indice d’abroutissement du Chêne (OBI) en sont deux exemples ; deux indicateurs de changement écologique validé. D’autres pistes sont actuellement explorées quant à la quantification des effets. L’existence d’effets peut être révélée par (i) des modifications morphologiques, physiques ou chimiques des individus d’une espèce cible et (ii) des changements de la composition en espèces au sein des communautés. Par exemple, la hauteur de la Myrtille semble s’avérer un bon candidat pour évaluer la pression du au Cerf élaphe sur les milieux forestiers de moyenne montagne. La présence d’une ligne d’abroutissement pourrait être un autre moyen simple de constater l’existence d’effets potentiellement fortssur l’écosystème forestier. Des résultats récents montrent que l’augmentation en espèces dites de caractère rudérale et/ou d’espèces pionnières dans les communautés de sous-bois peut être reliée à l’intensité des perturbations d’ongulés sauvages.
Pour que la végétation puisse servir d’indicateur direct ou indirect de l’impact des ongulés sauvages sur le milieu, il est indispensable que les protocoles de mesure mettent en relation la pression constatée avec les effets qu’elle induit sur des objectifs préalablement définis. La boîte à outils de diagnostic sylvicole mise au point par Irstea pour les peuplements forestiers réguliers en est un bon exemple.
Les renseignements que la flore peut fournir sur les activités des ongulés sauvages et leurs effets sur le milieu sont multiples et constituent des indicateurs fiables. Néanmoins, il reste de travail de recherche et de développement pour relier des indicateurs potentiels à des niveaux d’impacts sur la flore (régénération forestière incluse) et le fonctionnement de l’écosystème.

Les comparaisons enclos-exclos : de l’outil expérimental à l’utilisation en gestion courante pour évaluer l’équilibre forêt-gibier

Vincent BOULANGER, Office national des forêts

Les enclos sont intuitivement utilisés depuis des décennies en forêt pour mettre en évidence les effets des ongulés sur la végétation forestière. Il s’agit d’exclure les ongulés d’une zone donnée, et de comparer, au cours du temps, l’état du milieu sans ongulés (l’enclos) à celui du milieu environnant où circulent librement la faune sauvage (l’exclos). Une telle comparaison, aussi simple puisse-t-elle sembler, correspond à une situation expérimentale standard qui a été et reste une méthode de référence pour de nombreuses études scientifiques.

Les suivis parallèles en enclos et exclos, répétés dans le temps, permettent de comparer deux trajectoires d’évolution, avec et sans ongulés. Implantés en début de cycle forestier, au moment de l’installation de la régénération, les enclos traduiront la dynamique du système en l’absence d’ongulés. La comparaison avec l’exclos permettra de quantifier l’effet des ongulés sur la dynamique du système. Implantés plus tardivement, sur un système déjà marqué par les effets des ongulés, l’enclos révèle la dynamique de restauration du système. Les conditions de leur implantation sont donc déterminantes quant à l’interprétation que l’on peut tirer des observations et mesures.

Les scientifiques se sont ainsi appuyés sur ces comparaisons enclos/exclos pour évaluer l’impact des populations d’ongulés sur les écosystèmes, forestiers ou non, ciblant différents compartiments de l’écosystème forestier, à divers stades et dans des contextes variés. Après Arc-en-Barrois dans les années 80 pour les premiers suivis sur la flore herbacée, les implantations se sont multipliées dans les années 90 dans le quart Nord-Est, ciblant les effets des cervidés sur la régénération forestière, en association avec l’INRA, l’ONCFS, le Cemagref et l’ONF.

Les forestiers ont également installé de nombreux enclos dit démonstratifs, exploitant la preuve visuelle que suscite la comparaison avec le milieu environnant, pour mettre en évidence les impacts locaux du gibier sur la forêt. Depuis quelques années, l’ONF a modernisé ce protocole enclos/exclos sur trois points : matérialisation d’une zone exclos aux caractéristiques semblables à l’enclos, implantation précoce dans la phase de mise en régénération des peuplements, assignation d’une méthode de suivi rigoureuse et centrée sur la régénération forestière. Ces suivis permettront, dans la gestion courante, d’évaluer le retard induit par les ongulés sur la régénération de la forêt, source de pertes économiques et contraintes d’aménagement. Les données produiront des indicateurs renseignant l’équilibre forêt-gibier, centrés sur le renouvellement des peuplements, stade critique pour les forestiers. Complémentaires des ICE, ils pourront servir d’outil de dialogue pour partager les constats entre forestiers et chasseurs.

 

Une nouvelle approche : l’utilisation des parasites comme ICE ?

Hubert FERTE, Université de Reims

Les parasites font partie intégrante des populations hôtes et peuvent modifier leur condition physique mais aussi leur trait d’histoire de vie. La plupart des maladies infectieuses bactériennes ou virales, dont les agents responsables sont qualifiés de microparasites,  se manifestent par des pics épizootiques et sont non densité-dépendantes. Aussi ils ne peuvent en règle générale pas être utilisés comme ICE. En revanche, il n’en est pas de même pour les helminthiases liées à des « vers parasites » (macroparasites) dont la caractéristique est qu’elles sont quantifiables. Ainsi, ces helminthiases représenteraient des ICE sanitaires qu’il conviendrait d’investiguer à l’avenir.
Du fait de la diversité parasitaire observée et des cycles parasitaires propres à chacun des parasites, de leur résistance dans le milieu extérieur et de la spécificité des situations épidémiologiques rencontrées, nous considérons  que cet « indice » ne peut pas s’appuyer sur la charge parasitaire globale. Aussi nous allons tenter de définir quel(s) serait (seraient) le(s) bon(s) candidat(s) potentiel(s) justifiant d’être exploré en tant qu’ICE sanitaire. 
Ces problématiques nécessitent des études à long terme comme celles réalisées dans les territoires de référence de l’ONCFS (Territoire d’Etude de Trois-Fontaines et de Chizé), territoire sur lesquels nous avons à disposition des jeux de données importants depuis 1997    sur l’estimation de la charge parasitaire par examen coprologique sur les animaux capturés au cours des reprises.
Nous présentons ici, sur la base des résultats acquis, les atouts de certains parasites et les premiers résultats obtenus, sans négliger les contraintes opérationnelles à la mise en place d’un tel suivi. 

Intervention d’un grand témoin

Philippe DULAC, Président de la Fondation François Sommer

Conclusions du colloque

Bernard BAUDIN, Président de la fédération nationale des chasseurs