Que peut nous dire la flore sur les effets des ongulés sauvages ?


Anders MÅRELL, Institut national de recherche en sciences et technologies pour l’environnement et l’agriculture 

Les ongulés sauvages interagissent avec leur milieu de manières diverses et variées. Ils modifient ainsi l’environnement qui les entoure et transportent de la matière d’un milieu à un autre. C’est pourquoi, on les considère comme des ingénieurs de l’écosystème. Les activités les plus fréquentes exercent une pression sur le milieu qui peuvent, en cas de surabondance d’animaux, se traduire en impact avéré et irréversible sur l’écosystème forestier.
Dans ce contexte, nous ferons bien la distinction entre « pression », « effet » et « impact » des ongulés sauvages. La pression est définie comme étant l’intensité des activités, qui pourrait expliquer les relations de cause à effet. L’effet correspond à une modification quelconque du milieu par rapport à un état préalable. L’impact fait référence à une altération significative du milieu par rapport à un état de référence prédéfini par les acteurs, que ce soit en lien avec des normes sylvicoles, des objectifs de conservation de la biodiversité ou toute autre valeur environnementale.
Les plantes témoignent à la fois de la pression exercée par les ongulés sauvages et des effets de ces derniers sur l’écosystème. La quantification des traces d’abroutissement, de frottis et d’écorçage laissées sur les végétaux peuvent servir d’indicateurs directs de la pression exercée par les animaux sur le milieu. L’indice de consommation (IC) des espèces lignifiées et l’indice d’abroutissement du Chêne (OBI) en sont deux exemples ; deux indicateurs de changement écologique validé. D’autres pistes sont actuellement explorées quant à la quantification des effets. L’existence d’effets peut être révélée par (i) des modifications morphologiques, physiques ou chimiques des individus d’une espèce cible et (ii) des changements de la composition en espèces au sein des communautés. Par exemple, la hauteur de la Myrtille semble s’avérer un bon candidat pour évaluer la pression du au Cerf élaphe sur les milieux forestiers de moyenne montagne. La présence d’une ligne d’abroutissement pourrait être un autre moyen simple de constater l’existence d’effets potentiellement fortssur l’écosystème forestier. Des résultats récents montrent que l’augmentation en espèces dites de caractère rudérale et/ou d’espèces pionnières dans les communautés de sous-bois peut être reliée à l’intensité des perturbations d’ongulés sauvages.
Pour que la végétation puisse servir d’indicateur direct ou indirect de l’impact des ongulés sauvages sur le milieu, il est indispensable que les protocoles de mesure mettent en relation la pression constatée avec les effets qu’elle induit sur des objectifs préalablement définis. La boîte à outils de diagnostic sylvicole mise au point par Irstea pour les peuplements forestiers réguliers en est un bon exemple.
Les renseignements que la flore peut fournir sur les activités des ongulés sauvages et leurs effets sur le milieu sont multiples et constituent des indicateurs fiables. Néanmoins, il reste de travail de recherche et de développement pour relier des indicateurs potentiels à des niveaux d’impacts sur la flore (régénération forestière incluse) et le fonctionnement de l’écosystème.